En janvier 1910, Paris connaît durant une "semaine terrible" une inondation exceptionnelle, provoquée par des conditions météorologiques exécrables, la plus importante de son histoire après celle de 1658. L’eau, empruntant les voies récemment ouvertes souterraines et de surface destinées aux transports et aux égouts, débordant de la Seine ou surgissant du sous-sol, gagne les quais et les rues limitrophes, remontant jusqu’à la gare Saint-Lazare. La capitale, inondée dans douze arrondissements et plusieurs centaines d’artères, offre alors un aspect inédit, qui la fait surnommer "Paris-Venise". Comme un spectacle, l’inondation draine la foule des curieux, et le nouveau paysage urbain attire les photographes et les peintres.
Paris est frappée dans sa modernité même : les transports en commun, les égouts, l’électricité, le ravitaillement, les communications, sont paralysés ou désorganisés. Une gestion de fortune se met en place : on construit des parapets, on édifie des passerelles, on circule en barque, on rentre chez soi en échelle, on déménage… Les services parisiens, renforcés par l’armée et ses canots, se mobilisent très vite pour maintenir le fonctionnement des activités fondamentales et organiser les secours.
La mémoire de l’inondation de 1910 ne s’est jamais éteinte, à cause de son ampleur, mais aussi en raison de la médiatisation sans précédent dont elle a été l’objet. Elle est la première catastrophe de cette envergure dont les nouveaux médias ont pu s’emparer : la photographie d’actualité, servie par des agences de presse structurées, la carte postale, la presse à grand tirage illustrée de photographies, le cinématographe. Ces images et ces documents nous dressent le portrait étonnant d’un Paris éphémère, tour à tour esthétique et pittoresque, drôle et dramatique.
L’exposition présente plus de 200 documents - photographies originales, cartes postales, affiches, presse illustrée, plans, peintures et dessins, publicités, manuscrits et archives, films d’actualités - pour la plupart inédits, issus majoritairement des collections de la bibliothèque Historique de la ville de Paris qui, dès les premiers jours de l’inondation, s’était attachée à collecter les témoignages écrits ou iconographiques de l’événement. D’autres collections parisiennes – musée Carnavalet, agence Roger-Viollet, Archives de Paris et bibliothèque Forney viennent enrichir l’exposition.